Le débat sur la laïcité part mal

Dans les derniers jours, les discussions sur l’identité québécoise et sur la laïcité ont refait surface dans l’actualité. Si le débat part mal, c’est qu’il est en train d’avoir lieu sur le mauvais terrain et qu’aucun des représentants des partis politiques s’étant prononcés jusqu’ici n’a semblé s’en rendre compte.

La laïcité n’a rien à voir avec la défense de l’identité québécoise

Le Parti québécois commet une grave erreur en tentant de faire de la laïcité un moyen de défendre l’identité québécoise. Ce faisant, il s’écarte complètement des sources historiques de ce débat, nuit à la cause de la laïcité et encourage ses opposants à le dépeindre comme un parti de conservateurs hostile aux immigrants.

La lutte pour la laïcité au Québec ne date pas d’hier et sa cause historique n’est pas une réaction à une vague d’immigration. Le combat pour la laïcité, qui vise la séparation de la religion et de l’État, a pris son essor véritable au Québec à partir des années soixante dans le cadre de la Révolution tranquille. En réaction au gouvernement de Duplessis – qui installa le crucifix à l’Assemblée nationale en 1936 dans le but de faire jouer l’influence de l’Église en sa faveur et de se maintenir au pouvoir –, le Québec a décidé de commencer la laïcisation de ses institutions, comme l’école publique. La première religion qu’il a écartée de l’État et de ses institutions, c’est la sienne : le christianisme. Les signes ostentatoires religieux ont été retirés des écoles publiques dont la déconfessionnalisation s’est réalisée en 1998 seulement. Les raisons pour lesquelles ils ont été retirés sont les mêmes pour lesquelles nous devrions empêcher que d’autres s’y introduisent. La défense de notre identité n’est pas ici en jeu. Ce qui est en jeu, c’est la liberté de penser.

Les mêmes règles pour tous

Le problème avec l’approche que semble vouloir proposer le PQ – qui est contraire à l’esprit de la laïcité –, c’est qu’elle-même n’est pas neutre. En effet, selon les informations que nous avons à ce jour, le gouvernement voudrait interdire les signes ostentatoires religieux dans toutes les institutions de l’État, sans toutefois enlever le crucifix de l’Assemblée nationale. Devant cette incohérence, comment le PQ peut-il encore se présenter comme un défenseur de la séparation de l’État et de la religion ? L’objectif de la laïcité n’est pas atteint. Toute cette confusion est susceptible de dévier le débat vers des questions de tensions interculturelles et d’intolérance qui occulteront complètement le fond de la question et nuiront à la cause de la laïcité. Il sera facile pour les partis d’opposition d’amener le gouvernement sur ce terrain. Ils diviseront les Québécois en accusant le PQ de diviser les Québécois. Un classique. La laïcité n’est contre personne, elle doit être pour tout le monde. La laïcité s’érige contre l’influence des religions sur l’État et les individus, pas contre des communautés en particulier. Mais pour avancer cette thèse de manière crédible, on ne peut pas se soustraire aux règles que l’on souhaite appliquer aux autres. C’est pourquoi il nous faut accrocher le crucifix dans le musée de l’Assemblée nationale plutôt qu’au-dessus de la tête de son président.

Pourquoi et jusqu’où interdire les signes religieux ?

L’interdiction du port de signes religieux pour certains fonctionnaires est nécessaire pour maintenir la confiance des citoyens en la neutralité de l’État. Tout le monde s’entend au Québec pour dire que les représentants de la loi (juges, policiers, gardiens de prison, etc.) doivent s’abstenir d’afficher des signes religieux, puisque le fait d’afficher leur appartenance à une religion pourrait les placer en apparence de conflit d’intérêts et semer un doute quant à leur jugement sur certaines questions morales, sociales et politiques sur lesquelles ils ont à intervenir au nom de l’État.

Contrairement à ce que suggérait le rapport Bouchard-Taylor, les enseignants de l’école publique devraient aussi s’abstenir de porter des signes religieux. En effet, l’école est un lieu d’éducation ouvert où toutes les questions doivent pouvoir être posées et toutes les idées, soumises à la critique. Ce n’était pas le cas dans les écoles confessionnelles du Québec avant les années soixante. C’était grave. Nous avons sur ce point fait un pas en avant. Il serait dommage de reculer maintenant. Le rôle de l’enseignant est de créer un environnement propice à la liberté de penser. Comment peut-il être crédible dans ce rôle s’il affiche son appartenance à une religion ? Créer des conditions dans lesquelles certaines questions sont susceptibles d’être mises à l’écart, sous le couvercle du sacré, va à l’encontre de la mission de l’école. Mettre certaines idées à l’abri de la critique, c’est la fin du dialogue. Cela rend impossible la rencontre et un débat public sain. C’est une limite claire à l’éducation libre et à la liberté de penser.

Pour toutes les autres catégories d’employés de l’État, la seule question pertinente est la suivante : «Qu’est-ce qui nuit à la neutralité de l’État et à la neutralité des services ?» C’est sur cette question que nous devrons orienter le débat sur la laïcité pour espérer obtenir un consensus relatif dans la population. Si le gouvernement se trouve incapable de justifier ses choix rationnellement en fonction de ce critère-là, il jettera le Québec dans une crise et nuira à la réalisation de la laïcité. Il causera des replis identitaires chez les citoyens québécois, autant du côté de la majorité que des minorités. Ces replis nuiront à l’intégration des immigrants ainsi qu’à la défense de l’identité québécoise. La laïcité telle que conçue par les penseurs des Lumières vise l’affranchissement de la rationalité. Il est donc impératif de mener ce débat de façon rationnelle.

Sortir du cadre constitutionnel canadien

La Charte canadienne des droits et libertés, sur laquelle s’appuient les juges de la Cour suprême lorsqu’il s’agit de traiter les questions d’accommodements religieux, déclare avant même son premier article que «le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit»[1]. Disons que symboliquement, ce n’est pas un terreau fertile à une authentique culture de la laïcité. Par ailleurs, considérant la jurisprudence canadienne, la liberté de religion est difficile à contraindre, quel que soit le motif de la contrainte. Lorsque le Québec sortira du carcan de la monarchie canadienne, il aura les coudées franches pour fonder une véritable République dont l’État sera indépendant de la religion jusque dans ses principes fondamentaux.

L’intégration des immigrants : du multiculturalisme au métissage

Au fond, la raison fondamentale pour laquelle le débat sur la laïcité trébuche du côté de la défense des valeurs québécoises, c’est qu’on tente d’en faire un instrument d’intégration des immigrants et une porte de sortie du multiculturalisme canadien. Il faut dire qu’en tant que modèle de société, le multiculturalisme n’est pas l’idée du siècle. En effet, ce qui en résulte est une société ghettoïsée où les diverses communautés se replient sur elles-mêmes au lieu de se rencontrer et de créer quelque chose ensemble. Cela ne peut qu’engendrer des tensions interculturelles que la «tolérance» à l’anglo-saxonne ne peut modérer indéfiniment. Pour sortir du multiculturalisme et bâtir une société harmonieuse où les gens se sentent assez unis pour entreprendre ensemble de grands projets de société, il faut une véritable politique d’intégration.

L’intégration des immigrants doit se faire d’abord par la francisation, l’intégration au marché de l’emploi francophone et l’incitation à s’établir à l’extérieur de Montréal. Ensuite, pour les enfants d’immigrants, il faut assurer l’accès à un système d’éducation public non-confessionnel dès le plus jeune âge. L’intégration se produit dans la rencontre. Option nationale propose aux immigrants de diverses origines de passer du statut de nouvel arrivant à celui de peuple cofondateur d’un nouveau pays. Pour cela, on ne peut se contenter de cohabiter, il faut mettre en place les conditions d’un véritable vivre-ensemble. Ce que nous offrons, c’est une invitation au métissage, un accueil authentique et sincère.


[1] Charte canadienne des droits et libertés. Repéré à http://laws-lois.justice.gc.ca/fra/const/page-15.html

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9 réponses à Le débat sur la laïcité part mal

  1. François Ricard dit :

    Pourquoi ne pas faire appel au gros bon sens?
    Je veux bien que tous les employés de l’État, au nom des droits individuels, affichent tous les signes religieux qu’ils veulent bien arborer. En contrepartie, tous les usagers doivent avoir la capacité de refuser d’être servis par un employé dont le signe religieux ne leur convient pas. Car les usagers aussi ont des droits individuels.
    Alors, bien sûr, pour un même service, l’État devra prévoir des employés pour chacun des signes distinctifs et des employés sans signes pour les sans-religion. Il n’y aura alors plus de chômage au Québec mais bien plutôt une très grave pénurie de main d’oeuvre.
    Avec cette charte, il n’est pas question de restreindre d’aucune façon la liberté de religion.
    Tout simplement, l’État, dans tous ses aspects y compris ses employés, doit afficher la plus grande neutralité vis-à-vis toutes les religions.

  2. Nicolas Rodrigue dit :

    Si le rôle de l’enseignant est de créer un environnement propice à la liberté de penser, alors pourquoi lui refuser le droit d’exprimer librement sa pensée par un symbole religieux. L’étudiant a toujours la liberté d’être en désaccord avec son professeur, nul besoin de censurer le professeur. Cette idée que l’expression de certaines idées religieuse empêcherait toute forme de critique est autant ridicule que d’exiger du professeur qu’il n’est aucune opinion sur rien. Votre position est une limite claire à l’éducation libre et à la liberté de penser. Si j’avais un enfant avec un prof de philo comme vous, j’exigerait qu’on le change de classe. Vous me décevez grandement sur ce point, surtout venant d’un philosophe. C’est vraiment pathétique comme raisonnement.

    • POURQUOI ? Parce que le port du voile islamiste n’est pas innocent, comme n’est pas innocent le port de la croix gammée ou de l’étoile jaune… Quel est c’est aveuglement volontaire qui nous empêche de comprendre que des millions de femmes dans le monde sont victimes du djihad islamiste impérialiste débilitant et délétère sont terrorisées, interpellées, malmenées, battues, violentées, violées au poing, mutilées, fouettées, égorgées, lapidées, partout dans le monde où sévit la terreur djihadiste islamiste qui OBLIGE le port du voile islamiste… ?

      Je ne vois qu’une chose, notre propre sexisme larvaire, que notre propre patriarcalisme débilitant, celui qui tient les femmes pour portion congrue, puisque cet holocauste ne concerne que des femmes… « que des femmes »…

      Il a fallu mettre un frein à la soi-disant LIBAAAARTÉ individuelle des personnes qui voulaient envoyer leurs enfants à l’école anglaise… ça s’appelle la LOI 101… POURQUOI donc faudrait-il que l’État VALIDE officiellement la LIBAAAAARTÉ individuelle des djihadistes islamsistes de faire la promotion et propagande d’un dispositif politique ségrégationniste et sexiste au nom duquel sont RÉCOMPENSÉES les djihadistes qui terrorisent, interpellent, emprisonnent, malmenées, battues, violentées, violées au poing, mutilées, fouettées, égorgent, condamnent à la lapidation des femmes partout dans le monde où sévit la terreur djihadiste islamiste qui OBLIGE le port du voile islamiste…

      https://www.facebook.com/photo.php?fbid=10151847368847427&set=a.10151847368052427.1073741830.722482426&type=1&theater

      • Nicolas Rodrigue dit :

        @Luc Archambault, L’islam ainsi que le voile ne fait pas uniquement référence au salafisme jihadiste.Vous parlez comme si tous les musulmanes qui porte le voile serait des terroristes salafiste. Vous souffrez de paranoïa hystérique. Votre raisonnement est autant ridicule que de dire que tous les italiens sont dans la mafia et que pour se protéger de la mafia, il faudrait réduire la liberté individuelle des immigrants italiens.

      • HE NON, je ne dis pas que tous les musulman,es sont djihadiste… Je ne souffre d’aucune paranoïa… quand on porte une croix nazi, on ne se réfère pas au peuple allemand… mais aux nazi… quand on porte le voiles islamiste on se réfère au djihad islamiste qui le prétend obligé par le Coran… quand on prohibe le port du voile islamiste obligé par les djihadiste, on refuse le port d’un symbole taché de sang ségrégationniste sexiste, on est solidaire des millions de femmes qui sont terrorisées, égorgées, lapidées pour avoir refusé de le porte… ici-même au Québec menacées de mort tel Loubna Tabbara pour avoir contredit la soi-disant obligation de le porter… s’il n’est pas obligé, c’est donc qu’on peut le retirer sans problème… s’il est obligé, c’est la ségrégation qui l’est… Comment l’État pourrait-il valider la ségrégation sexuelle…

      • Nicolas Rodrigue dit :

        Non, vous dites que toutes les femmes qui portent le voile sont des djihadiste, ce qui est faux. C’est autant ridicule que de dire que tous les italiens serait dans la mafia. Le port du voile ne fait pas référence à un seul courant de pensée au sein de l’islam. Il y a beaucoup d’ignorance de votre part vis-à-vis le port du voile. Cela frise la paranoïa.

  3. He NON Nicolas… renseignes-toi.. le djihad islamiste n’est pas que terrorisme, que crime mafieux… il y a le djihad par le coeur, par la langue, par la main et par l’épée… Donc les islamistes qui tiennent à obliger l’État à admettre le port du voile islamiste taché du sang de l’holocauste des femmes musulmanes et autres, sont des djihadistes par la langue ( la parole ), un djihad impérialiste, prosélyte, qui tient à ce que l’État valide le port de ce symbole de la ségrégation sexuelle qui met de l’avant le triomphant et absolu pourvoir individuel, qui disqualifie d’avance toute limite que pourraient valablement mettre de l’avant nos valeurs et droits collectifs de protéger la diversité culturelle de l’Humanité détruite par la multi-inter-culturalisation des cultures. http://fr.wikipedia.org/wiki/Djihad

  4. A. Cormier-D. dit :

    M. Zanetti fait fausse route lorsqu’il affirme que la laïcité est un enjeu indépendant de l’identité québécoise. Pour parler de laïcité comme il le fait, il faut déjà avoir une conception républicaine d’inspiration française (et accessoirement catholique) de l’espace public qui ne correspond en rien à celle que s’en fait la civilisation anglo-saxonne, fortement libérale et protestante.

    L’espace public n’appartient à personne pour les Britanniques, il peut donc être investi par tous, tandis que pour les Français, l’espace public appartient à tous et il est donc impossible pour quiconque d’y imposer son particularisme.

    Le PQ défend une version républicaine de tendance française de l’espace public tandis que le parti libéral défend une vision anglo-saxonne et libérale, au sens philosophique, du « vivre-ensemble ».

    C’est bien de l’identité québécoise dont il s’agit ici, car malgré plus de 250 ans de vie au seins d’institution politiques britanniques, les Québécois sont encore majoritairement des descendants de colons français catholiques. Nos conceptions du juridique, du politique et de l’espace public ne seront jamais anglo-protestantes, n’en déplaise aux hystériques libéraux du PLQ, de QS ou de notre cher Canada anglais.

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