À vous qui envisagez la course à la chefferie du Parti québécois

-Lettre ouverte-

Comme la plupart des indépendantistes, je suis de près les balbutiements de la course à la direction du Parti québécois. Il est indéniable qu’elle aura un impact déterminant sur l’échiquier politique de la prochaine décennie. Conjoncture historique oblige, je convie ma bonne foi à se substituer à mon scepticisme et j’attends avec impatience de voir quelles propositions stratégiques d’accès à l’indépendance émergeront de ce possible repositionnement idéologique. C’est pour cette raison que j’écris aujourd’hui, pendant que des débats d’idées déterminants ont lieu en coulisses, cette lettre ouverte à tous ceux et celles qui envisagent de briguer la chefferie du PQ.

Les objectifs

Le mouvement indépendantiste dans son ensemble a une tâche colossale à accomplir dans les prochaines années. Il doit non seulement faire augmenter les appuis à son projet fondamental, mais il doit aussi se rassembler pour former un front commun capable de prendre le pouvoir et de faire du Québec un pays. La personne qui prendra la tête du PQ devra servir le mouvement indépendantiste et faire siens ces objectifs.

L’engagement dans le premier mandat

Pour arriver à rassembler tout le monde, il faudra proposer la seule chose qui ait jamais pu cimenter la coalition des indépendantistes, c’est-à-dire un engagement clair à faire l’indépendance dans un premier mandat.

Éviter la déviation institutionnelle

Après un certain temps, toute institution finit par agir pour se perpétuer dans le temps, indépendamment des fins pour lesquelles elle a été créée. À cet égard, les partis politiques ne font pas exception. Le Parti québécois agit de la sorte depuis longtemps. Il agit pour survivre, pour se faire réélire, pour remplacer les libéraux, pour être moins pire qu’eux dans les limites que nous impose le carcan canadien. Les gens y restent attachés parce que c’est une grosse machine, une machine capable, une machine pleine de militant(e)s d’expérience et passionné(e)s.

 

 

Se mettre en jeu

La seule façon de s’assurer que les énergies et les ressources formidables de cette institution soient mises au profit de l’indépendance, c’est que sa survie en dépende. Prendre l’engagement de réaliser l’indépendance dans un premier mandat, c’est obliger le parti à aller chercher ses appuis électoraux sur cet enjeu pour survivre; le soustraire à cette obligation, c’est s’assurer une rechute dans le cycle infini d’une gouvernance provinciale qui déçoit tout le monde, mine nos appuis et démotive nos militant(e)s. Qu’importe les variantes stratégiques qu’on peut proposer pour y échapper (livre blanc, gouvernance souverainiste, référendum d’initiative populaire, etc.), si on ne met pas en jeu la survie de la machine, son inertie sera plus forte que la volonté politique de ses militants.

L’attrait de la facilité

À première vue, il peut paraître plus facile de faire campagne sur les enjeux populaires du moment plutôt que de s’astreindre à faire nous-mêmes augmenter les appuis à l’indépendance dans les années qui précèdent l’élection, il s’agit pourtant d’un piège. Gouverner une province en ne gérant pas tous nos impôts, toutes nos lois et tous nos traités nous contraindra forcément à faire des compromis politiques qui engendreront déception, cynisme et morosité politique. Ce n’est pas un bon tremplin pour aller chercher la confiance de la population et augmenter nos appuis.

Retour à l’audace

L’accès à l’indépendance peut se préparer à partir de l’opposition. Il y a des centaines de gens compétents au Québec, dans les différents partis et dans la société civile, prêts à travailler à la production d’études comme celle de la commission Bélanger-Campeau et à mettre en place un plan solide adapté à la réalité d’aujourd’hui. Il est possible de mettre dès maintenant toutes les énergies du Parti québécois au service du mouvement indépendantiste. Cela ne se fera pas sans audace et sans une certaine dose de risque; il vous appartient, maintenant, de nous prouver que vous n’êtes pas venu(e)s en politique pour gérer une province, mais bien pour faire un pays.

Ce contenu a été publié dans indépendance, Lettre ouverte. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>