Petit manuel pour quitter ou intégrer le mouvement indépendantiste

Comme pour beaucoup d’indépendantistes, la lettre diffusée cette semaine par Maria Mourani a suscité en moi une grande amertume. Maintenant que les réactions « à chaud » ont été faites, que la frustration a été exprimée, je me demande s’il n’est pas possible de tirer de cet événement malheureux une leçon d’éthique qui servira pour l’avenir. Il est normal qu’en démocratie, les gens aient la liberté de changer de camp. Être profondément démocrate, c’est accepter cet état de fait. Toutefois, cela peut être fait de façon noble et non de manière à nourrir le cynisme.

Pour quitter le mouvement indépendantiste

1. Ne pas devenir activement fédéraliste

S’engager en politique pour donner un pays à son peuple ne devrait pas être un plan de carrière. On ne devrait jamais faire de carrière politique. Représenter le mouvement indépendantiste, ce n’est pas un emploi comme les autres, quelque chose qu’on fait pour gagner sa vie. C’est un engagement envers la lutte pour l’émancipation des peuples et la préservation de la diversité culturelle internationale. C’est un engagement pour faire triompher la liberté, la démocratie, l’environnement et pour assurer un avenir à une culture qui mérite, non moins que toutes les autres, de continuer d’amener sa contribution à l’humanité.

On peut ne plus être d’accord, ne plus vouloir cela, mais on ne peut pas se mettre activement à lutter contre. Une députée indépendantiste qui change d’idée devrait avoir la décence de se retirer complètement de la politique partisane. Par respect pour l’amitié de tous ceux qui ont lutté avec vous, qui ont pris des risques pour vous, qui ont cru en vous et en votre fidélité, vous ne pouvez pas passer dans les rangs d’un parti fédéraliste canadien. Sinon, quel modèle de politicienne proposez-vous au monde? Si vous faites cela, vous affaiblirez encore la confiance des gens en la parole des autres femmes et hommes politiques. Ce faisant, vous nuirez au progrès de la société en général.

2. Avoir de bons arguments

Il est également important de quitter en ayant de bons arguments. Ce n’est pas facile, je le reconnais, puisque les meilleurs arguments se refusent à défendre l’assimilation des peuples et le modèle politique désuet d’une monarchie qui s’étiole. Toutefois, il y a des limites à la mauvaise foi et ces limites ont été clairement dépassées.
La Charte canadienne, vraiment?

Selon Mme Mourani, la Charte canadienne des droits et libertés protégerait mieux l’identité québécoise que ne le ferait un Québec indépendant. Parlez-en aux francophones hors Québec qui sont assimilés à l’anglais à une vitesse fulgurante. Chez eux, le pourcentage de citoyens faisant usage du français à la maison est passé de 4.3 % en 1971 à 2 % en 2006 *. C’est une diminution de moitié en une seule génération. Parlez-en ensuite aux autochtones de partout au Canada, mis sous tutelle dans des réserves où ils ne peuvent même pas posséder leur maison et la léguer à leurs enfants. Qu’est-ce que la Charte canadienne fait pour eux? La Charte canadienne comme protection de l’identité des peuples: vraiment?

Par ailleurs, il est vrai que, normalement, une charte des droits et libertés ne devrait pas pouvoir être modifiée si facilement par un gouvernement minoritaire. Là-dessus, Mme Mourani marque un point. Toutefois, si la charte québécoise est si facilement modifiable, c’est justement parce qu’elle n’est pas encore enchâssée dans une constitution. Le rempart que cherche Mme Mourani ne se trouve pas à Ottawa, mais dans le fait de doter le Québec d’une véritable constitution légitime d’État indépendant.
Le mouvement indépendantiste ne se réduit plus au PQ

Mme Mourani se justifie de quitter les indépendantistes en disant ne plus se reconnaître dans l’attitude du Parti québécois. J’aimerais rappeler que c’est le cas d’une proportion toujours grandissante d’indépendantistes. Si elle n’aimait pas l’attitude du PQ et du Bloc, elle pouvait décider de lutter pour l’indépendance dans un autre parti, plus fidèle à ce qu’était le PQ à ses débuts : un grand rassemblement d’indépendantistes démocrates et audacieux. Cela ne lui aurait peut-être pas assuré une réélection dans Ahuntsic dès 2015, mais c’eût été une bonne façon de préparer l’indépendance du Québec.
Quitter pour un enjeu de gouvernance: c’est non

Pour faire l’indépendance du Québec, nous devrons obligatoirement recréer la grande coalition perdue des indépendantistes. Pour ce faire, d’ici à ce que l’on se dote d’une composante de proportionnalité dans notre mode de scrutin, nous devrons accepter de travailler ensemble malgré nos différends sur certains enjeux de gouvernance comme celui de la Charte des valeurs québécoises. Si vous n’êtes pas d’accord avec la Charte, ce n’est pas une raison pour ne plus être indépendantiste. La Charte, de l’aveu même de Mme Marois, n’a rien à voir avec le projet indépendantiste. Que vous soyez pour ou contre la hausse des taxes ou l’exploitation pétrolière au Québec, vous pouvez lutter pour l’indépendance du Québec. Votre position ne sera pas marginale, vous aurez des alliés. Si nous voulons mener notre projet à terme, nous devrons accepter de reporter à plus tard certaines dissensions et commencer d’abord par nous donner tous les moyens de régler nos problèmes. L’indépendance doit passer, chronologiquement, avant les enjeux de gouvernance.
Pour intégrer le mouvement indépendantiste

Par chance, intégrer le mouvement indépendantiste est beaucoup plus facile que de le quitter. Je recommande à tous ceux qui l’envisagent de porter attention à deux éléments importants : l’engagement clair à faire l’indépendance et l’ouverture à la collaboration.

1. L’engagement clair

La meilleure façon de militer pour l’indépendance du Québec, c’est encore de le faire à l’intérieur d’un parti politique. Bien sûr, les organisations citoyennes sont importantes et il faut être sur tous les fronts, mais si on ne donne pas l’occasion aux citoyens de voter pour l’indépendance, comment parviendront-ils à la réaliser démocratiquement? Par ailleurs, comme plusieurs partis au Québec se montrent favorables à l’indépendance du Québec, il est important de choisir le bon. Pour ce faire, il est recommandé d’appuyer un parti qui prend l’engagement clair de réaliser l’indépendance du Québec dans un premier mandat.

2. L’ouverture à la collaboration

Deuxièmement, vous devriez choisir un parti qui, lorsque les deux autres prendront des engagements clairs pour réaliser l’indépendance, sera ouvert à collaborer avec tous les indépendantistes. Ces derniers auront tout le loisir de se diviser en plusieurs partis le jour où ils auront ensemble fondé un nouveau pays. Tous y auront à ce moment-là beaucoup plus de latitude pour réaliser leurs grands projets de société. En attendant, nous avons le devoir de travailler ensemble et de nous rassembler derrière un engagement clair à réaliser l’indépendance.

Je vous laisse lire les diverses plateformes électorales que vous proposent les partis affichés comme indépendantistes pour découvrir lequel répond à tous ces critères.

* Bégin, Pierre-Luc. Le génocide culturel des francophones au Canada, Québec, Les Éditions du Québécois, 2010, p.9.

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À vous qui envisagez la course à la chefferie du Parti québécois

-Lettre ouverte-

Comme la plupart des indépendantistes, je suis de près les balbutiements de la course à la direction du Parti québécois. Il est indéniable qu’elle aura un impact déterminant sur l’échiquier politique de la prochaine décennie. Conjoncture historique oblige, je convie ma bonne foi à se substituer à mon scepticisme et j’attends avec impatience de voir quelles propositions stratégiques d’accès à l’indépendance émergeront de ce possible repositionnement idéologique. C’est pour cette raison que j’écris aujourd’hui, pendant que des débats d’idées déterminants ont lieu en coulisses, cette lettre ouverte à tous ceux et celles qui envisagent de briguer la chefferie du PQ.

Les objectifs

Le mouvement indépendantiste dans son ensemble a une tâche colossale à accomplir dans les prochaines années. Il doit non seulement faire augmenter les appuis à son projet fondamental, mais il doit aussi se rassembler pour former un front commun capable de prendre le pouvoir et de faire du Québec un pays. La personne qui prendra la tête du PQ devra servir le mouvement indépendantiste et faire siens ces objectifs.

L’engagement dans le premier mandat

Pour arriver à rassembler tout le monde, il faudra proposer la seule chose qui ait jamais pu cimenter la coalition des indépendantistes, c’est-à-dire un engagement clair à faire l’indépendance dans un premier mandat.

Éviter la déviation institutionnelle

Après un certain temps, toute institution finit par agir pour se perpétuer dans le temps, indépendamment des fins pour lesquelles elle a été créée. À cet égard, les partis politiques ne font pas exception. Le Parti québécois agit de la sorte depuis longtemps. Il agit pour survivre, pour se faire réélire, pour remplacer les libéraux, pour être moins pire qu’eux dans les limites que nous impose le carcan canadien. Les gens y restent attachés parce que c’est une grosse machine, une machine capable, une machine pleine de militant(e)s d’expérience et passionné(e)s.

 

 

Se mettre en jeu

La seule façon de s’assurer que les énergies et les ressources formidables de cette institution soient mises au profit de l’indépendance, c’est que sa survie en dépende. Prendre l’engagement de réaliser l’indépendance dans un premier mandat, c’est obliger le parti à aller chercher ses appuis électoraux sur cet enjeu pour survivre; le soustraire à cette obligation, c’est s’assurer une rechute dans le cycle infini d’une gouvernance provinciale qui déçoit tout le monde, mine nos appuis et démotive nos militant(e)s. Qu’importe les variantes stratégiques qu’on peut proposer pour y échapper (livre blanc, gouvernance souverainiste, référendum d’initiative populaire, etc.), si on ne met pas en jeu la survie de la machine, son inertie sera plus forte que la volonté politique de ses militants.

L’attrait de la facilité

À première vue, il peut paraître plus facile de faire campagne sur les enjeux populaires du moment plutôt que de s’astreindre à faire nous-mêmes augmenter les appuis à l’indépendance dans les années qui précèdent l’élection, il s’agit pourtant d’un piège. Gouverner une province en ne gérant pas tous nos impôts, toutes nos lois et tous nos traités nous contraindra forcément à faire des compromis politiques qui engendreront déception, cynisme et morosité politique. Ce n’est pas un bon tremplin pour aller chercher la confiance de la population et augmenter nos appuis.

Retour à l’audace

L’accès à l’indépendance peut se préparer à partir de l’opposition. Il y a des centaines de gens compétents au Québec, dans les différents partis et dans la société civile, prêts à travailler à la production d’études comme celle de la commission Bélanger-Campeau et à mettre en place un plan solide adapté à la réalité d’aujourd’hui. Il est possible de mettre dès maintenant toutes les énergies du Parti québécois au service du mouvement indépendantiste. Cela ne se fera pas sans audace et sans une certaine dose de risque; il vous appartient, maintenant, de nous prouver que vous n’êtes pas venu(e)s en politique pour gérer une province, mais bien pour faire un pays.

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L’autodiabolisation souverainiste

La réaction de certains bloquistes à l’élection de leur nouveau chef, Mario Beaulieu, a de quoi étonner. Il est compréhensible et plutôt normal que certains officiers d’un parti démissionnent à l’élection d’un nouveau chef. Ce qui étonne ici, c’est le motif invoqué : Mario Beaulieu serait un radical.

L’approche Beaulieu

À entendre son procès public, un observateur étranger pourrait penser que M. Beaulieu propose d’abandonner les contraintes de la démocratie parlementaire et de prendre les armes. Évidemment, il n’en est rien. M. Beaulieu est un être profondément démocrate et pacifique qui a travaillé en relation d’aide avec les jeunes. Ce qu’il propose? Cesser de prétendre que le Québec est en mesure de défendre convenablement ses intérêts à Ottawa, où il n’occupe que 23 % des sièges, pour plutôt consacrer la majeure partie des énergies du BQ à la promotion du projet indépendantiste au Québec. Il va même jusqu’à exiger des futurs députés bloquistes qu’ils versent une importante partie de leur salaire (environ 50 000 $) à des organismes non partisans de promotion de l’indépendance. Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas vu une proposition si audacieusement militante. Cela annonce le retour de ce qui manque au mouvement indépendantiste depuis plusieurs années et qui a causé en partie sa démobilisation : cohérence, générosité et franchise.

Être radical : une insulte?

La tactique classique des forces réactionnaires de tout système démocratique est de faire passer leurs adversaires pour des gens violents. C’est pour cette raison que l’adjectif « radical » a fini par devenir synonyme de « violent ». L’étymologie du mot « radical » nous ramène plutôt au mot « racine ». Une solution radicale est une solution qui s’attaque à la racine du problème. Le problème du mouvement indépendantiste actuellement, c’est qu’il manque d’appuis. La solution radicale, c’est de faire la promotion de l’indépendance. Qui voudrait d’une solution qui ne serait pas radicale? Qui ne s’attaquerait pas à la racine d’un problème? Qui militerait pour une solution qui tente de traiter les effets, sans s’en prendre aux causes?

La radicalité réfère aussi à un retour à la racine d’une idée, d’un mouvement. C’est ce que M. Beaulieu semble proposer. Par chance qu’il est radical.

Nous vaincrons? Je l’espère bien

Plusieurs personnes ont été scandalisées par l’utilisation du slogan du FLQ : « Nous vaincrons! » lors du discours de M. Beaulieu. M. Duceppe, pour qui j’ai un grand respect, a même qualifié ce geste d’« irresponsable ». Remettons les pendules à l’heure. Nous ne sommes plus en 1970, il n’y a pas de mouvement indépendantiste armé au Québec et le BQ n’est pas en train de quitter sa démarche démocratique et pacifiste. Ce qui serait irresponsable, ce serait de prendre le chemin de la violence pour arriver à nos fins. Nous avons la chance d’avoir les outils démocratiques nécessaires (bien qu’imparfaits) à la réalisation de notre projet politique : utilisons-les. Toutefois, scander un sincère « Nous vaincrons! » pour s’encourager et manifester notre enthousiasme, ce n’est pas irresponsable. Un officier bloquiste démissionnaire de Montréal critiquait ce slogan au téléjournal en questionnant : « On va vaincre quoi là? On n’est même pas en élection, on est presque à terre comme parti… On n’est pas parti pour vaincre quoi que ce soit là. Faut juste “resurvivre”, revenir à la charge… »

Nous avons amplement le choix des adversaires à vaincre : le statu quo, l’indifférence, la peur, l’impression que nous ne sommes pas capables de nous gouverner nous-mêmes comme tous les autres peuples du monde; ce n’est pas les combats qui manquent. Quand un militant en est au point de trouver trop radical de mettre à l’avant-plan la promotion du projet qui est à l’origine de son engagement politique, c’est peut-être effectivement le temps pour lui de démissionner.

L’autosabotage

Ce qui risque de mettre à terre le mouvement indépendantiste, ce n’est pas un retour aux sources, c’est sa tendance à lutter contre lui-même. Je n’ai jamais vu un mouvement politique s’autodiaboliser avec autant d’ardeur. Tout se passe comme si nous avons intériorisé les critiques de nos adversaires au lieu de leur faire face. Les éditorialistes fédéralistes n’ont plus besoin de nous combattre, de nous faire des « jobs de bras »; ils n’ont qu’à nous citer. Il va falloir rompre avec cette posture destructrice.

Je l’avoue, je suis moi aussi radical : radicalement pacifiste, radicalement démocrate, radicalement pour la liberté des peuples, radicalement indépendantiste.

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Réponse à Bernard Drainville

Jeudi dernier, M. Bernard Drainville écrivait une lettre ouverte publiée dans Le Devoirinvitant tous les indépendantistes, dont les membres d’Option nationale, à prendre leur carte de membre du Parti québécois et à contribuer à le rebâtir. Dans sa lettre, il désignait le Parti québécois comme le meilleur lieu pour tenir les débats qui s’imposent dans le mouvement indépendantiste. Ce n’était pas la première fois que nous recevions une telle invitation publique de la part d’un membre en vue du PQ, mais c’était la première fois qu’elle s’accompagnait de compliments. Le changement de ton est remarqué et apprécié. Je salue également la volonté exprimée par M. Drainville de faire croître l’appui au projet d’indépendance.

J’espère que les critiques que je m’apprête à émettre ne seront pas perçues comme un geste de fermeture à la collaboration avec les indépendantistes de tous les partis, mais plutôt comme une réponse positive à l’invitation à débattre qui nous est lancée.

Le projet ne mobilise plus?

Dans sa lettre, M. Drainville souligne que « le projet indépendantiste ne mobilise plus comme avant. » Il faut faire attention avant de relayer ce genre d’affirmation, qui est habituellement utilisée par nos adversaires pour nous discréditer. De toute façon, à quelle période réfère ce « comme avant »? Avant Noël dernier, un sondage exprimait, après répartition des indécis, un appui de 44 % à l’indépendance. C’est 1 % de plus que l’appui à la même question en 1995, juste avant la campagne référendaire. À moins qu’on ne fasse référence aux sommets de la mobilisation militante qu’a connus le mouvement souverainiste chaque fois que l’indépendance devenait une possibilité réelle dans un horizon rapproché parce que le PQ s’engageait sérieusement à la réaliser? Si c’est le cas, c’est vrai, mais il n’y pas là de grand mystère.

Contre le monopole du débat

Je suis parfaitement d’accord avec M. Drainville lorsqu’il dit que les années à venir représentent une « occasion en or » de débattre. Cela dit, si le PQ était le meilleur lieu possible pour tenir ces débats, si c’était véritablement un parti dont les membres pouvaient faire ce qu’ils voulaient, comment expliquer le désengagement progressif opéré par rapport à son article 1 depuis le dernier référendum? Si sa démocratie interne était si accessible, comment expliquer que les changements d’orientation stratégique ne puissent y survenir qu’au moment où il y a changement de chef? S’il est vrai que le débat entre indépendantistes doit avoir lieu et que le PQ en sera un acteur majeur, il ne serait pas sage de lui en laisser le monopole.

La portion des militants d’ON qui proviennent du PQ ont tenté de changer ce parti de l’intérieur pendant presque deux décennies sans succès. Ils se sont fatigués de militer pour l’indépendance à l’intérieur de leur propre parti; ils ont choisi de le faire auprès de la population directement. Nos militants sont indépendantistes. Aux prochaines élections, ils vont militer pour le parti qui sera le plus franc et le plus résolu dans sa démarche indépendantiste, quel qu’il soit.

Renouveler la confiance

Pour gagner la confiance de la population et des militants indépendantistes en général, il faudra faire plus que de simplement les inviter une autre fois à joindre votre organisation. Vous devrez montrer ce que vous êtes prêt à risquer au nom d’une cause commune. Jusqu’où serez-vous prêt à vous mettre en jeu? À quel point serez-vous capable de vous retirer derrière l’objectif politique qui donne un sens à tout ce désir de liberté? Quel acte pourra démontrer cette éthique? Parce que les paroles… personne n’y croit plus. Abandonner la prétention à un monopole du mouvement indépendantiste serait un bon départ. C’est une idée qui rassemblera les indépendantistes, pas une organisation.

Invitation réciproque

C’est avec enthousiasme que je discuterai et débattrai avec vous. J’espère que vous accepterez de le faire même si je ne prends pas ma carte de membre du PQ. Mais pour commencer cet échange, il faudrait que vous nous disiez ce que vous allez proposer pour revigorer le mouvement indépendantiste. Le débat est commencé depuis longtemps déjà; il est temps de se mouiller pour vrai.

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Pour vaincre: faire le deuil du pouvoir provincial

Comme tous les indépendantistes québécois, j’ai passé les dernières semaines à réfléchir aux problèmes du mouvement indépendantiste et aux solutions qui lui permettraient de se relever. Le débat sur la stratégie que nous devrons adopter dans les prochaines années s’articule autour de deux questions principales : «Doit-on faire ouvertement la promotion de l’indépendance ?» et «Doit-on aller chercher le mandat électoral de la réaliser ?»

Les tenants de «l’approche franche» répondent par l’affirmative à ces deux questions. J’exposerai brièvement les arguments qui la justifient et j’expliquerai pourquoi nous devons d’abord faire le deuil du pouvoir strictement provincial si nous espérons faire l’indépendance du Québec.

Parler ou ne pas parler d’indépendance, telle est la question ?

Nous sommes maintenant habitués de nourrir ce débat entre indépendantistes, mais permettez-moi de partager un certain étonnement. Si nous observions, dans d’autres pays, des partis politiques interroger la pertinence de promouvoir ouvertement leur but politique et leur raison d’être, nous les trouverions étranges.

Comment mieux réaliser son but politique en démocratie qu’en allant convaincre les citoyens de s’y rallier ? Jean-François Lisée, dans un article paru sur son blogue le 5 mai dernier, tendait à minimiser l’impact de la pédagogie de l’indépendance comme façon d’aller chercher des appuis. Cette idée, si elle devait se répandre davantage, causerait un grand tort au mouvement indépendantiste.

Nous devons cesser de nous en remettre passivement à d’éventuelles conjonctures historiques que nous ne contrôlons pas. Repensons à la façon dont chacun de nous est devenu indépendantiste. Qu’est-ce qui vous a convaincu, sinon des arguments ? Si je n’avais pas lu Pierre Falardeau, à la fin des années 1990, qui sait si je serais aujourd’hui indépendantiste? Comment espérons-nous que la jeunesse soit enthousiasmée à l’idée de créer un nouveau pays si nous sommes absents de toutes les tribunes où il faudrait la défendre ? Il ne suffit pas d’attendre que le fédéral nous inflige d’autres gifles historiques pour soulever l’indignation du peuple québécois. Il faut éveiller son désir de liberté et de dignité.

«Oui, mais… on ne se fera jamais élire !»

Le fait que Pierre-Karl Péladeau ait évoqué ses intentions de faire un pays en pleine campagne électorale n’était pas une erreur. L’erreur, c’était de ne pas avoir préparé le terrain suffisamment durant les 19 dernières années. Lorsqu’on va chercher ses appuis électoraux pour autre chose que l’indépendance, il est normal que ces appuis nous quittent en pleine campagne. Les fédéralistes, que nous avons laissé transformer le mot «référendum» en épouvantail, n’ont qu’à nous amener sur le terrain que nous avons laissé en jachère pour nous battre, ayant de leur côté la force de l’inertie du statu quo.

Pour déclencher une démarche d’accession à l’indépendance, il faut avoir un gouvernement majoritaire, c’est indéniable. Mais si nous n’allons pas chercher le mandat électoral de la faire, nous sommes pris au piège dans une situation où nous n’avons peut-être pas l’appui nécessaire dans la population pour la réaliser. Bref, nous cultivons ainsi les conditions de notre échec.

Comme l’affirmait Pierre Bourgault dans sa lettre «Une souveraineté qui a honte d’elle-même» , écrite en 1980, c’est à partir de l’opposition qu’il faut bâtir nos appuis à l’indépendance du Québec. S’affairer à dénoncer l’étau canadien et à faire voir les avantages de la liberté politique plutôt que de remettre la responsabilité de nos problèmes structurels sur l’autre parti d’alternance serait un bon début.

Par ailleurs, les jeunes et les nouveaux arrivants ne joindront pas un mouvement qui n’a pas suffisamment confiance en son projet pour mettre sa tête sur le billot en le défendant. En démocratie, lorsque nos idées n’ont pas un appui majoritaire, il ne faut pas capituler et essayer de les dissimuler. Il faut redoubler d’ardeur et renouveler notre discours. Sans cette ténacité militante, l’humanité n’avancerait pas.

L’État ou la province : il faut choisir

Être majoritaire au gouvernement en n’ayant pas le mandat ni l’appui populaire nécessaire à l’indépendance est inutile. Il faut cesser de prioriser le demi-pouvoir de la gouvernance provinciale en pensant que cela nous mènera quelque part. En faisant un compromis sur notre option fondamentale, nous envoyons le message que nous pouvons nous accommoder du statut de province pour avancer. Nous réalisons des réformes amputées qui contribuent à ce que les indécis penchent du côté du statu quo. Cette attitude autonomiste nuit à long terme à l’indépendance du peuple québécois. Si nous visons le pouvoir entier d’un État indépendant, il faut faire le deuil de la gouvernance provinciale.

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Indépendance: une fenêtre s’ouvre

À bien des égards, les résultats de l’élection du 7 avril sont décevants. La perspective de quatre années de gouvernement libéral n’est pas réjouissante du tout. Cela dit, il faut voir la conjoncture actuelle comme une opportunité sans pareil de restructurer le mouvement indépendantiste en profondeur et de le faire renaître.
Le bout de la crise (enfin)

Cela fait déjà plusieurs années que le mouvement indépendantiste est en crise. Le principal résultat de cette crise a été l’effritement graduel de la grande coalition que contenait jadis le Parti québécois. Les indépendantistes de tous les horizons idéologiques s’étaient unis en 1969 au sein du PQ pour faire l’indépendance du Québec. En reléguant ce projet à un futur indéterminé, les indépendantistes se sont divisés. La gauche péquiste s’est tranquillement dirigée vers Québec solidaire et les indépendantistes les plus exaspérés par l’attentisme ont soutenu la création d’Option nationale ou ont migré dans diverses organisations de la société civile, quand ils ne se sont pas tout simplement démobilisés.

Il m’apparaît évident que nous sommes arrivés au bout de la crise. La stratégie de la gouvernance souverainiste et du flou entretenu autour de la démarche référendaire a montré hors de tout doute qu’elle nous menait à l’échec. Je ne vois pas comment le Parti québécois pourrait continuer dans la même direction; ses stratèges ont désormais frappé le mur de la réalité. Une remise en question profonde est déjà en cours, ce qui est très prometteur pour le projet d’indépendance.
Une crise positive ?

Le mot «crise» vient du verbe grec «krinein» qui signifie «choisir, discerner». La crise ne doit donc pas être vue strictement de façon négative, mais comme une opportunité : les prochaines années seront celles des choix. Il sera temps pour les autonomistes de s’assumer pleinement et de joindre la CAQ, aux fédéralistes de gauche de joindre le NPD-Québec et à tous les autres qui seront restés au PQ, chez Québec solidaire et Option nationale, de s’asseoir sérieusement ensemble pour revoir le cadre stratégique global de l’ensemble du mouvement indépendantiste. Peu importe quelle forme prendra la suite des choses, nous avons maintenant une opportunité de sortir la démarche indépendantiste de l’ambiguïté dans laquelle elle s’est embourbée. Ce n’est pas rien. Il faut saisir cette occasion historique, Option nationale y contribuera avec bonne foi et enthousiasme. C’est notre raison d’être depuis le début.
Pédagogie de l’indépendance et remobilisation

Pour sûr, la pédagogie de l’indépendance ainsi qu’une vaste remobilisation militante devra être à l’ordre du jour de toutes les organisations indépendantistes au cours des prochains mois. Cet aspect fondamental de notre lutte politique a été largement négligé dans les 19 dernières années. Cette inaction est peut-être la cause principale de l’impopularité du projet indépendantiste chez les 18 à 35 ans. Il n’y aura pas d’autres moyens pour remédier à ce désintérêt que de revenir à la base et placer la promotion de nos idées au cœur de notre action militante.
Option nationale

À ceux qui se questionnent aujourd’hui sur l’avenir d’Option nationale à la suite des résultats du 7 avril, je répondrai que le destin de ce parti sera toujours lié à celui du mouvement indépendantiste. Ce qu’ON apporte dans l’arène politique québécoise, c’est une clarification de la démarche indépendantiste, un renouvellement de la pédagogie de l’indépendance ainsi qu’une évolution du cadre stratégique d’accession à l’indépendance. Le Québec n’a jamais été aussi prêt à envisager ces changements. De mon côté, c’est avec fierté et enthousiasme que je continuerai à jouer le rôle qui m’a été confié comme chef d’Option nationale. Nous allons donc continuer de promouvoir nos idées jusqu’à ce que, sous une nouvelle forme, la grande coalition des indépendantistes renaisse et que commence une nouvelle ère de notre marathon politique vers la liberté. J’ai hâte. Nous serons les témoins privilégiés de ce qui s’en vient.

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Le vote «stratégique»: une maladie chronique

La fièvre du vote stratégique est une maladie plutôt répandue dans les pays affligés d’un mode de scrutin uninominal à un tour hérité de la monarchie parlementaire britannique. La majorité des citoyens en ont déjà été victimes au moins une fois dans leur vie; j’en ai moi-même déjà fait l’expérience. Par chance, il est possible d’éviter cette calamité ainsi que les amers regrets qu’elle laisse comme séquelles.
Diagnostic

Les symptômes se manifestent habituellement dans les deux dernières semaines des élections générales et se déclinent comme suit : aveuglement persistant, perte de mémoire, aliénation du jugement critique, crainte démesurée face au statu quo, vieillissement prématuré, perte de vision à long terme, abandon momentané de sa dignité et aplatventrisme spontané. Voici une description plus détaillée des principaux symptômes et de leurs conséquences sur la santé de la politique ainsi que les remèdes proposés.
Aveuglement, aliénation du jugement

Les électeurs contaminés par l’idée de voter «stratégique» se font subitement convaincre de voter pour un parti qu’ils ont critiqué vivement et sans relâche durant les dernières années, sous prétexte que sur une dizaine d’autres choix, il constitue la deuxième option la moins pire.
Vieillissement prématuré

Une partie des jeunes électeurs, habituellement plus enclins à faire des choix audacieux pour le Québec, décide soudainement de voter pour un des deux partis qui alternent au Parlement depuis plus de 40 ans. Ils se convainquent que maintenir le système en place est la seule attitude véritablement responsable à adopter. Tout à coup, rien ne devient possible pour eux que de maintenir ce qui existe déjà.

Crainte démesurée face au statu quo

Soudainement, voter pour un des deux partis d’alternance devient vraiment pire que de voter pour l’autre. L’évidence que cette alternance des deux partis ne change rien de fondamental pour le Québec est subitement occultée par une panique irrationnelle. Le centrisme de l’un apparaît radicalement opposé au centrisme de l’autre et les positions se cristallisent vigoureusement dans le conservatisme.

Perte de mémoire

Les électeurs s’apprêtent à voter pour un parti qui les a maintes fois déçus, trompés et trahis. Les faits des dernières décennies sont momentanément oubliés et la mémoire laisse place au retour d’un espoir qu’on jugeait improbable.

Conséquences

Les conséquences du vote «stratégique» chronique sont délétères. Cette maladie maintient en place un système éminemment conservateur et donne une légitimité de gouverner à des partis politiques que la population n’aime pas vraiment. Il s’ensuit une désillusion face à la politique qui mène à un désintéressement généralisé affligeant tout particulièrement les électeurs de moins de 35 ans. Par ailleurs, en réduisant les appuis aux partis qui proposent des projets véritablement audacieux, le vote stratégique empêche le Québec d’avancer, réduit le financement des partis hors-alternance et nuit au renouvellement de la classe politique.

Le remède ultime : la proportionnalité dans le mode de scrutin

Le remède ultime serait d’inclure une composante de proportionnalité dans le mode de scrutin. Cela signifierait que chaque vote aurait un impact, puisque c’est le pourcentage de votes obtenu par un parti qui déterminerait son nombre de sièges à l’Assemblée nationale. Aucun électeur n’aurait l’impression de perdre son vote, même en choisissant un parti émergent correspondant mieux à ses valeurs et ses aspirations.

Le remède en attendant : le courage

En attendant une réforme du mode de scrutin, nous ne pouvons pas lutter contre le vote stratégique autrement qu’en utilisant tout notre courage pour y résister. Il faut voir notre vote comme un investissement hautement plus stratégique. En votant pour un parti comme Option nationale, par exemple, vous contribuez à le financer pour qu’il puisse continuer de propager ses idées pendant les quatre prochaines années. Vous votez pour que tout le Québec sache que pour vous, l’indépendance est l’enjeu fondamental, celui que nous devons avoir le courage de mener de front. Vous votez pour contribuer à redresser le mouvement indépendantiste en le contraignant à revenir aux principes fondamentaux qui l’ont fait naître.

Ne soyons plus victimes d’une autre épidémie de vote stratégique. Votons avec nos tripes.

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Pourquoi les indépendantistes ne votent-ils pas tous pour le même parti? (2/2)

Question pertinente s’il en est une, surtout ces temps-ci. Et on sait qu’avant que ne soit instaurée une composante de proportionnalité dans notre mode de scrutin, comme c’est le cas en Catalogne, il faudra un jour que les indépendantistes se rassemblent s’ils veulent aspirer à faire l’indépendance. Comme je le disais dans un article précédent, il y a deux obstacles en ce moment qui empêchent ce grand rassemblement: le débat sur le mode d’accès à l’indépendance et la conception de l’indépendance comme un projet national ou un projet de classe sociale. Par chance, il y a des solutions à ces problèmes. Le présent texte portera sur le deuxième enjeu.
L’indépendance : un projet de gauche, de droite ou démocratique ?

Depuis l’arrivée de Québec solidaire dans le paysage politique québécois, un débat chaud des années 1960, dont on peut retracer les origines dans les pages de la revue Parti pris, a ressurgi parmi les indépendantistes. La question est souvent formulée comme suit : «L’indépendance devrait-elle se faire à gauche, à droite, ou au centre ?» Il n’y a pas de bonne réponse à cette question et cela s’explique par le fait qu’elle est mal posée.

On entend souvent les militants et porte-paroles solidaires justifier leur dissidence par rapport au Parti québécois en soutenant qu’ils ne veulent pas d’un «Québec Inc.», que si l’indépendance ne se fait pas «à gauche», elle ne sert à rien. Voici pourquoi cette opposition est inconsistante.
La constitution sera rédigée par la population, pas par un parti politique

Tout d’abord, même si QS parvenait à obtenir un gouvernement majoritaire avec sa plateforme actuelle et que le référendum que ses dirigeants promettent portait sur une constitution véritablement indépendantiste, le Québec qu’ils construiraient ne serait pas plus à gauche que celui que propose le PQ. Pourquoi ? D’une part parce que tous les partis (ON, QS et PQ) proposent de laisser à la population le soin de rédiger la constitution et, d’autre part, parce que l’orientation politique du Québec souverain ne sera pas fixée dans le béton au jour de son indépendance.

La plateforme actuelle de QS ne permettrait pas de rédiger une constitution «de gauche» et celle du PQ ne permettrait pas de rédiger une constitution «de droite». La seule certitude que nous avons, c’est que la constitution du Québec souverain sera démocratique. Elle sera écrite par le peuple, pour le peuple, et c’est très bien ainsi.

Tout ce qu’un gouvernement de gauche ou de droite pourra instaurer comme modifications aux lois québécoises sera susceptible d’être défait par un gouvernement suivant, de droite ou de gauche. Bref, la lutte pour la gauche que mène QS ne se terminera pas au jour de l’indépendance du Québec, par contre, elle pourra enfin commencer pour de vrai. La lutte pour plus de solidarité et pour une plus grande protection de l’environnement est sans grand avenir dans le Canada des prochaines décennies. Même avec 125 députés écologistes au Parlement québécois, nous ne pourrions pas légalement empêcher les pipelines de sillonner notre territoire et de menacer nos rivières. Nous n’aurions pas les moyens financiers de compenser pour les coupes que le fédéral a faites dans la recherche sur les milieux marins et nous ne pourrions pas signer les traités internationaux visant à protéger l’environnement. Ce n’est qu’en étant politiquement indépendants, en contrôlant l’ensemble de nos lois, de nos impôts et de nos traités, que nous aurons les coudées franches pour faire du Québec de demain le reflet de ce que souhaite sa population. Entre un Québec démocratique et un «Canada Oil Inc.», le choix est assez clair, surtout pour quelqu’un qui se considère progressiste.
L’indépendance : un projet national ou un projet de classe sociale ?

Pour faire du Québec un pays, nous devrons rassembler le plus grand nombre d’indépendantistes possible. Nous n’avons pas le luxe d’être assez nombreux pour nous diviser sur des enjeux de gouvernance provinciale. De toute façon, comme le disait Pierre Bourgault : « L’indépendance doit être dépassée très rapidement, elle n’est qu’un instrument vers autre chose. » Mais pour opérer ce passage nécessaire vers autre chose, il faudra savoir s’unir et être rassembleurs.

La semaine dernière, M. Khadir, en commentant l’annonce du «livre blanc» de Mme Marois, a affirmé ceci: «La foi ne suffit pas. Entre le vouloir dans ses rêves et agir, il y a le courage d’affronter le milieu d’affaires qui est le plus grand adversaire de la souveraineté (…) Nous on est des indépendantistes et on s’engage à agir.» (Journal de Québec, 6 février 2014) Lorsque M. Khadir identifie le milieu des affaires comme le plus grand adversaire de la souveraineté, je pense qu’il contribue à créer des oppositions contreproductives qui nuisent au projet indépendantiste. Il est évident que le gouvernement doit se tenir debout devant le milieu des affaires. Il doit encadrer ses pratiques, l’empêcher de polluer, lui demander de partager sa richesse et d’être solidaire envers la classe des travailleurs. Le milieu des affaires au Québec est constitué principalement de PME et les entrepreneurs québécois auront un grand rôle à jouer dans la construction du Québec. Ce sont eux qui, en collaboration avec l’État, développeront l’économie durable vers laquelle nous devons cheminer pour survivre au XXIe siècle. À moins de vouloir étatiser l’ensemble de l’économie, nous devons nous en faire des alliés, dans la mesure du possible, et les inciter à agir avec nous dans l’intérêt supérieur de la nation québécoise.

Un projet national, c’est un projet susceptible de créer la solidarité nécessaire entre les différentes classes sociales d’un même peuple, dans le but de cheminer vers un objectif commun qui dépasse les intérêts de classe ou les intérêts individuels. C’est possible. Cela s’est fait dans l’histoire. Les révolutions française et américaine n’auraient pas pu réussir sans cela. Bien sûr, ces révolutions n’ont pas mis un terme à la lutte des classes, mais elles ont fait avancer grandement leur peuple. L’indépendance n’est pas «la fin de l’histoire», c’est un nouveau début.

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Pourquoi les indépendantistes ne votent-ils pas tous pour le même parti? (1/2)

La question est bonne. Plusieurs se la posent. En effet, qu’ont-ils, tous ces indépendantistes, à se critiquer et à s’opposer les uns aux autres? Serait-ce une fatalité? Un trait génétique? Un complot du Parti libéral pour se donner une chance de retourner au pouvoir? J’ai une analyse plus rationnelle à vous proposer. La voici.

Il y a deux problèmes principaux qui divisent les indépendantistes. D’abord, le mode d’accession à l’indépendance et ensuite, la conception du projet indépendantiste comme étant avant tout un projet national ou un projet de classe sociale. Ces deux problèmes ne sont pas insolubles. Ils ont leur solution. J’aborderai ces deux problèmes dans une série de deux textes. Dans ce premier texte, je traiterai du mode d’accès à l’indépendance.
Le mode d’accès à l’indépendance

Commençons par souligner le fait qu’il y a tout de même un consensus dans les programmes d’Option nationale, de Québec solidaire et du Parti québécois. En effet, les trois partis s’entendent sur l’idée de faire rédiger une constitution du Québec par la population. Pour ce qui suit, par contre, les choses se compliquent.

Québec solidaire promet de faire un référendum, dans un premier mandat, pour ratifier la constitution que la population aura écrite. Le problème, c’est qu’ils refusent de garantir que cette constitution contiendra une déclaration d’indépendance. Donc, ce référendum promis pourrait déboucher sur une simple proposition de réforme du fédéralisme, une proposition de constitution qui demeurerait soumise au cadre fédéral canadien. À quoi cela servirait-il? Fouillez-moi.

Pourquoi QS choisit-il ce compromis? L’explication la plus plausible est celle de la stratégie électoraliste. Sondage après sondage, on observe qu’environ 50 % des électeurs de QS voteraient «non» à l’indépendance du Québec. Conserver un compromis dans le mode d’accès à l’indépendance permet au parti de conserver sa base électorale fédéraliste. Un fédéraliste de gauche est effectivement en bon droit de penser que de toute façon, si les membres de l’assemblée constituante décident de ne pas inclure de déclaration d’indépendance dans la constitution, l’indépendance n’a aucune chance de se produire. Mme David a plusieurs fois démontré que son parti jouait à ce sujet sur les deux tableaux en affirmant: «On n’a pas besoin d’être mal à l’aise si on n’est pas complètement convaincu de la souveraineté et qu’on veut être membre de Québec solidaire, dit-elle. C’est pour cela que notre nombre de membres a doublé depuis un an.» (La Presse, 23 octobre 2012)

Du côté du Parti québécois, le problème est que l’engagement de tenir un référendum est reporté à un futur indéterminé, c’est-à-dire au «moment jugé approprié» par le gouvernement. Cette stratégie est problématique parce qu’elle dépossède la population de l’initiative de recommencer la marche vers son indépendance. En effet, même en votant pour le PQ, nous n’avons aucune garantie que nous pourrons reprendre en main notre destin politique. C’est grave, parce qu’en reportant toujours à plus tard ce fameux moment jugé approprié, le PQ envoie à la population le message sous-jacent que maintenant n’est pas le bon moment, que nous ne sommes pas capables d’y arriver. Ce n’est pas comme cela que peut commencer un mouvement populaire d’affranchissement. Il faut être confiant, prendre des risques, foncer.

Pourquoi le PQ choisit-il ce compromis? D’abord, je pense, parce qu’il a peur de perdre. Ce n’est pas grave. Cela peut changer. Quand nous aurons repris le temps perdu en pédagogie de l’indépendance auprès des jeunes et qu’ils embarqueront avec nous, la confiance renaîtra même chez les indépendantistes les plus découragés. Mais voilà, il faut commencer par montrer la voie. Ensuite, le PQ tente clairement d’aller chercher une majorité parlementaire en faisant l’économie de convaincre les gens de devenir indépendantistes.

Durant l’élection de 2012, Mme Marois faisait directement appel aux électeurs fédéralistes en leur disant que le PQ allait mieux gérer la province que les libéraux et que de toute façon, ce n’était pas sûr qu’ils allaient faire un référendum. Il s’agit d’une attitude électoraliste pure et vaine. À quoi sert d’avoir une majorité parlementaire si nous n’avons pas le mandat de faire l’indépendance du Québec? C’est «mettre la charrue devant les bœufs». Cela ne mène à rien.

La solution à ce premier problème du mode d’accès à l’indépendance est double. D’abord, il faut renoncer à l’électoralisme et faire croître le vote indépendantiste plutôt que de courtiser des fédéralistes. Deuxièmement, il faut prendre l’engagement clair de faire l’indépendance du Québec. Il faut aller chercher la légitimité de le faire par mandat électoral. C’est en étant fiers, transparents, confiants et honnêtes que nous allons inspirer la confiance du peuple québécois et cheminer avec lui vers l’autodétermination.

Pour savoir ce qu’il en est du deuxième problème, soit la conception de l’indépendance comme un projet national ou comme un projet de classe sociale, surveillez la parution de mon prochain texte.

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Lettre à Jean-François Lisée: le Canada est un «corps étranger» que l’attentisme ne saurait retirer

Monsieur Lisée,

Vous avez fait le 11 décembre dernier une sortie médiatique très surprenante qui laissait miroiter un retour à un discours public plus indépendantiste au Parti québécois. Dans une entrevue donnée à La Presse canadienne, vous avez affirmé essentiellement deux choses. D’abord, que les Québécois se considèrent de plus en plus souverains. Ensuite, que les Québécois prennent de plus en plus conscience que le fédéralisme canadien est comme un « corps étranger », une structure qui nuit à leur développement et qui les empêche de prendre des décisions conformes à leurs intérêts.
Du discours aux actes

Tant mieux si les Québécois cheminent psychologiquement vers l’indépendance politique. Tant mieux s’il leur apparaît de plus en plus urgent de sortir du carcan canadien. Je ne pourrais pas être plus en accord avec eux là-dessus. Tant mieux également si vous, monsieur Lisée, utilisez votre visibilité médiatique pour faire la promotion de ces idées. C’est ce qu’il faudrait faire chaque jour. C’est ce qu’il aurait fallu faire sans relâche depuis 18 ans.

Si cette sortie annonçait une reprise en charge réelle du projet d’indépendance du Québec, je m’en réjouirais sans retenue. Je ne ménagerais aucun effort pour y contribuer et pour appuyer une telle démarche. La volonté d’Option nationale de faire l’indépendance est sincère et se trouve au-delà de toute attitude partisane. Nous sommes d’ailleurs le seul parti politique à avoir inscrit dans ses statuts qu’advenant le cas où un autre parti politique nous rejoignait sur cette question, nous proposerions la collaboration, voire même la fusion à nos membres. Bien qu’on nous ait accusés de diviser le « vote indépendantiste », nous sommes là pour le recréer. Rappelons qu’à ce jour, nous sommes le seul parti qui s’engage clairement à faire l’indépendance dans un premier mandat. Lorsque le Parti québécois et Québec solidaire auront renoué avec l’audace et la franchise sur la question indépendantiste, nous marcherons avec eux sans hésitation. Le Québec peut compter sur nous.

Cela dit, il faudra beaucoup plus que quelques sorties sporadiques suggérant les bienfaits de l’indépendance du Québec pour nous convaincre que vous êtes sérieux dans votre démarche. Comment croire qu’il ne s’agit pas simplement d’une manœuvre électoraliste pour éviter de perdre encore plus d’appuis chez les indépendantistes? Vous avez le fardeau de la preuve. Une opération de communication publique ne suffira pas.
Appel à la cohérence

M. Lisée, j’en appelle à votre cohérence politique. Vous avez la responsabilité, devant le peuple québécois, de faire en sorte que votre parti prenne l’engagement clair de réaliser l’indépendance dans un prochain mandat. En cultivant l’attente du « moment opportun » pour déclencher un référendum, votre parti envoie le message à la population que le moment présent n’est pas le bon moment, que nous ne sommes pas actuellement capables de nous gouverner nous-mêmes et que la liberté peut attendre. Cette posture est profondément pernicieuse pour le peuple québécois. Elle affaiblit son courage et lui inspire un sentiment d’impuissance. Nous ne pouvons la tolérer.

Le moment opportun pour faire l’indépendance, c’est toujours il y a vingt ans. Mais le deuxième meilleur moment, c’est maintenant. L’appui à l’indépendance est en ce moment plus élevé qu’il ne l’était avant que Jacques Parizeau n’enclenche le processus référendaire de 1995, et ce, malgré le fait qu’on ait pratiquement arrêté de porter sérieusement le projet depuis. Les jeunes de 18 à 35 ans n’ont jamais eu l’occasion de voter au sujet de l’indépendance. Il y a du travail à faire auprès de cette frange de la population, puisque nous avons laissé nos adversaires les convaincre qu’il s’agissait d’une vieille question. Cependant, notre expérience démontre qu’il suffit d’en parler de façon argumentée, franche et décomplexée pour soulever l’enthousiasme des jeunes envers l’indépendance. Ils nous suivront si nous avons l’audace nécessaire à la réalisation d’un tel projet. Le moment opportun est quelque chose que l’on doit créer et non attendre. C’est notre courage qui inspirera celui de la population.

Les militants du Parti québécois qui tiennent le fort du mouvement indépendantiste sans relâche depuis plus de 40 ans méritent que leurs leaders fassent preuve d’un courage qui soit à la hauteur de leur lutte. Si le Parti québécois refuse de prendre des engagements clairs quant à son mode d’accès à l’indépendance, il devra au moins jouer franc jeu et expliquer pourquoi.

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